14.12.2007

Kadhafi à Paris

"Est-il possible de publier sur DIEPPE3D l'article que je vous joins. Il vient de Lutte Ouvrière mais me semble utile pour répondre aux phrases racistes de certains collègues mais aussi à d'autres qui ne comprennent pas ce qui se passe entre Sarko et l'Afrique. Je sais que les sujets internationaux, c'est un peu loin pour beaucoup de copains, mais ça fait partie de la réalité. Il y a des réfugiés et des sans papiers, et il y en a même à Dieppe! A vous de voir". Alfred (Janval). 

 

Tout à fait d'accord avec la proposition d'Alfred, nous rappelons que DIEPPE3D est politiquement indépendant et a déjà publié des contributions sous forme de Tribunes Libres de différents courants politiques du mouvement ouvrier. A DIEPPE3D qui n'est qu'un réseau local et rien de plus, on a certaines idées fortes en commun, mais pour le reste chacun a toute possibilité d'être ou pas membre d'un parti ou d'un syndicat de son choix. Que nous fassions davantage attention aux questions internationales? Proposition intéressante, qu'en pensez vous ?

 TRIBUNE LIBRE

KADHAFI A PARIS : LE CYNISME DES UNS, L'HYPOCRISIE DES AUTRES 


La visite officielle en France de Kadhafi a suscité une volée de commentaires indignés, venant non seulement du Parti Socialiste, mais aussi d’une partie de la droite. Il serait paraît-il inconvenant qu’un dictateur soit reçu dans ce temple de la démocratie qu’est le Parlement français ou pénètre à l’Élysée, habité, c’est bien connu, par de blanches colombes.

Que Kadhafi soit un dictateur est un fait indubitable. Mais au nom de quelle démocratie parlent donc ceux qui l’accueillent en le présentant comme un homme cheminant vers le respect des droits de l’homme… et un très respectacle client potentiel, comme ceux qui s’indignent si fort de sa visite ? Les droits de l’homme dont ils se gargarisent se résument en fait aux droits des capitalistes d’ici. Ces droits démocratiques, destinés à voiler la dictature du grand capital, n’ont jamais eu cours sur le continent africain. Ni lorsque la France y régnait directement dans ses colonies, ni depuis qu’elle les a quittées, laissant derrière elle des dictateurs à ses ordres.

Ce ne sont pas des histoires du passé, dont on pourrait partager les torts et qu’on pourrait même regretter, comme Sarkozy l’a fait à Alger la semaine passée en affirmant, cent cinquante ans après les faits, que « la colonisation était contradictoire avec la devise de la République ». C’est l’histoire d’aujourd’hui. Des massacres perpétrés au Rwanda avec la complicité de l’armée française, jusqu’aU quarantième anniversaire de la diuctature de Bongo, l’homme de Total au Gabon, du soutien apporté au roi du Maroc à celui offert à Kadhafi, l’impérialisme français maintient son influence en Afrique au travers de dictatures sanglantes. Car il n’y a pas d’autre moyen que la dictature pour faire régner l’ordre dans des pays pillés par les compagnies françaises, alors que la population meurt de faim.


C’est cette richesse venue de l’exploitation de continents entiers qui fait qu’en France, comme dans une poignée d’autres pays d’Occident, subsistent un certain nombre de libertés démocratiques, que des générations de travailleurs ont dû dans le passé imposer par la lutte. Alors que l’inégalité sociale est la règle, le respect des formes plus ou moins démocratiques est un luxe de pays riche. Les politiciens et les moralistes ne peuvent en faire profession que parce que leur système entretient des dictatures féroces, que leurs Kadhafi et consorts se salissent les mains afin que le flot de richesses continue de couler vers les capitalistes français, dont ils sont les serviteurs.

La morale des marchands de mort

Si certains hommes politiques font mine de s’affronter sur les honneurs faits à Kadhafi, ils sont tous d’accord sur un point : il est normal, légitime et même moral de lui vendre des avions Rafale, des blindés, des hélicoptères de combat… à condition de ne pas « dérouler le tapis rouge » (François Hollande), de « demander des garanties » (Pierre Moscovici).

Ils ne sont pas stupides au point de croire que Kadhafi achète des armes uniquement pour faire des défilés militaires et pour permettre à Dassault de vendre, enfin, des Rafale à l’exportation. Ces armes sont destinées à être utilisées, en premier lieu contre la population libyenne, éventuellement contre les populations voisines.

Mais lorsqu’il s’agit d’espèces sonnantes, la morale n’a plus cours…

Kadhafi : un dictateur qui les arrange bien

De par sa situation géographique, la Libye est un point de départ facile pour traverser la Méditerranée et gagner l’Europe, via la Sicile ou les îles de Lampedusa et de Malte. Aussi l’Union européenne a-t-elle financé Kadhafi pour qu’il tienne le rôle peu reluisant de garde-frontière.

Chaque année depuis 2003, des dizaines de milliers d’émigrés clandestins qui tentent le passage par la Libye sont emprisonnés dans des camps puis renvoyés dans leur pays d’origine. Dans quelles conditions, par quelles méthodes, combien en sont morts ? Aucune enquête n’a été menée dans les prisons et les camps de Kadhafi.

Les grands « démocrates » européens sont pour le coup satisfaits de pouvoir compter sur une dictature qui ne s’embarrasse ni de lois, ni de gants pour faire passer aux pauvres le goût des voyages. Et ce fut là un des premiers actes avec lesquels Khadafi trouva grâce aux yeux des nations « démocratiques ».

Lutte Ouvrière, 14 décembre 2007