07.04.2008

Derrière les Ch'tis

    Les lecteurs de Dieppe3D seront certainement intéressés par le très intéressant article de VP, repris de la Newsletter du site le Militant, qui analyse les raisons de l'énorme impact populaire du film de Dany Boon Bienvenue chez les Ch'tis. Y est également évoquée ch'te maudite banderolle qui pue le plus vil racisme de classe.

 

Ce n'est pas pour rien que nous avons un Club de supporters de Lens à Rouxmesnil-Bouteilles qui regroupe de nombreux habitants de la région de Dieppe ! Et le blog dieppois Jyvais.org a reproduit une chanson en Ch'ti à ce sujet écrite par un militant communiste de ch'nord.

Pour finir : supporters de l'OM, nous n'avons rien contre vous ! Et il  n'y a pas que des fachos dans les suporters du PSG ! Oui, il y a des prolos et das anti-fascistes à la Tribune d'Auteuil : cassons la légende!

Derrière les Ch'tis.


Bienvenu chez les Ch'tis, le film de Dany Boon, a fait 16 millions d'entrée. Le quart de la population est allé le voir, alors qu'il n'y avait pas eu de battage publicitaire sortant de l'ordinaire au départ. La masse des salariés d'âge moyen y est allée, alors que le film est un peu moins populaire chez les jeunes, qui semblent moins goûter cette forme d'humour. Mais celle-ci n'est pas du type "Bigard", grossier, sexiste et fondé sur la violence sociale. Evidemment, c'est un peu gros, c'est basé sur les accents et les gros mots, et il y a même une scène de cuite que l'on n'oserait plus, en ces temps de bienséance hypocrite, présenter comme comique dans bien d'autres films. Evidemment ce n'est probablement pas un chef-d'oeuvre immortel du cinéma. La question n'est pas là. Psychologiquement, socialement, politiquement, il s'est passé quelque chose autour de ce film qui doit nous intéresser en tant que militants.


L'histoire aurait pu être imaginée bien avant tant elle s'est réellement produite plus d'une fois : un fonctionnaire du "Midi" est muté dans le "Nord"', il le vit comme une catastrophe, mais il est tellement bien accueilli par les Ch'tis qu'il pleurera quand il lui faudra repartir. Là-dessus, se brodent diverses péripéties mais l'essentiel est là. Et dans cette trame nous avons, sans doute inconsciemment, une imagerie de l'identité nationale française qui se joue : du Midi ou du Nord, tous des braves gens, tel est en gros le "message". Le Midi marseillais et le Nord-Pas-de-Calais étant les deux extrêmes par rapport à Paris, mais séparés souvent par des représentations méprisantes que les méprisés peuvent se construire les uns envers les autres, leur association fonde le comique et une tendresse réelle, que la masse du public, puisque ce sont les masses qui sont allées voir ce film, éprouve profondément sans doute aucun.


Qui plus est, il n'est pas indifférent du tout que les héros du film soient des salariés, et même des petits fonctionnaires ou ex-fonctionnaires : des postiers ! Et qui visiblement ne sont pas très rentables, mais sont au coeur de la vie sociale et sentimentale de leur cité !


Le Nord-Pas-de-Calais est la région la plus ouvrière de France, depuis longtemps, elle a été sinistrée par les liquidations d'industries dans les mines, le textile, la métallurgie ...


Comme sa soeur, la Wallonie belge, elle a été systématiquement associée à une image de "perdants", à laquelle est opposée, dans le cas belge, la Flandres soi-disant "gagnante"; et dans la vie et les relations sociales du département du Nord, la redynamisation de la ville de Lille comme nouveau pôle "branché". Mais la masse des gens du Nord, exploités, puis mis au rebut, ont été dévalorisés -une dévalorisation morale qui reflète la dévalorisation de la force de travail dans le capitalisme contemporain. Cette dévalorisation a culminé dans les affaires de Bruay-en-Artois dans les années 1970, puis Dutroux en Belgique dans les années 1990, qui ont mis en scène la transformation des enfants des prolétaires mis au rebut en choses de pervers ou sadiques aisés, l'affaire d'Outreau quant à elle ayant montré ensuite la tendance de l'appareil judiciaire à considérer effectivement comme coupables, c'est-à-dire comme "pédophiles et consanguins", le peuple ouvrier et chômeur du Nord, conduisant à une erreur judiciaire massive -pour combien d'erreurs non débusquées ?


La mentalité des hauts fonctionnaires de la justice et de la police qui ont sévi dans l'affaire d'Outreau, comble de la haine sociale et du mépris pour les gens du Nord, c'est cela même qui est contredit tranquillement par l'affluence populaire pour voir un film sympathique sur eux. On est donc en droit de se demander si l'opération de la banderole de supporters du PSG du club "Boulogne boy's", Ch’tis chômeurs, pédophiles et consanguins, n'est pas directement une réponse à ce sentiment -il y a aussi une banderole qui joue un certain rôle, inverse, dans le film. Le message des abrutis fascisants qui ont organisé cette saloperie et de leurs complices, dont la psychologie, comme toujours avec cette engeance, est parente de celles des juges et des policiers traqueurs de Ch'tis pédophiles fantasmés à Outreau, n'est pas seulement un "message de haine" contradictoire au soi-disant "esprit du foot" : par sa connotation sexuelle et génétique, il exhibe les fondements sociaux des fantasmes racistes.


Les 16 millions de spectateurs à mettre dans la balance de l'autre côté sont finalement bien rassurants ...

VP.


Commentaires

bienvenu chez les ch'tis , j'ai été le voir et j'ai trouvé se film trés bien réalisé avec une histoire touchante.La jeunesse a été voir se film malgrés se que peut dire cet article.

Ecrit par : rouge76 | 07.04.2008

Bien sûr que la banderolle sur les ch'tis du parc des princes, réalisée par une bande d'abrutis, est totalement abjecte.
Mais pourquoi tant d'indignations soudainement de Sarko, Laporte, Alliot-Marie.....alors que depuis des lustres les mêmes tarés poussent des cris de singes ou lancent des bananes lorsqu'un joueur africain est en possession du ballon...avec si peu de réactions

Ecrit par : gerard | 07.04.2008

Ecrire un commentaire