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09.02.2008
Face à Sarkozy où est l’opposition ?
Nous avons lu la contribution ci-dessous sur le site de la Gauche Révolutionnaire (GR), une des rares petites organisations d'extrème-gauche à avoir répondu positivement à l'appel de la LCR à construire un Nouveau Parti Anticapitaliste.
Le thème de cet article : nécessité d'une véritable "opposition", nature du "sarkozysme", perspectives de lutte nous a paru d'un intérêt majeur pour les lecteurs de ce blog Dieppe Démocratie Directe, bien que la GR ne soit pas présente à Dieppe. C'est pourquoi nous le reproduisons ci-dessous.
ARTICLE PARU DANS LE MENSUEL L'EGALITE
Il est partout, on ne voit que lui, on n’entend que lui… et cela agace bon nombre d’entre nous ! Au delà du personnage ultra médiatique, force est de constater que Sarkozy développe une méthode qui est bien plus qu’un habile style de communication. Cette «méthode Sarkozy», qui a anéanti l’opposition (qui n’a pas trop cherché à résister d’ailleurs…) pousse aussi à une confrontation accrue avec les travailleurs, d’où l’extrême polarisation entre les pro et anti-sarko.
La «méthode Sarkozy» c’est un bulldozer ultra-libéral assorti d’une démagogie populiste et réactionnaire. Sa campagne en a été un exemple frappant. Tel un Bonaparte, il a réussi à apparaître comme un dirigeant au dessus des classes sociales et des appareils, mettant sa propre personne en jeu et forçant ses adversaires à suivre le rythme qu’il avait défini. Arrivé au pouvoir, il garde la même stratégie, annonçant chaque jour de nouvelles attaques, avec des avancées et des reculs tactiques mais en gardant toujours un cap ultra libéral. Cette omniprésence, cette communication aussi habile soit elle, ce rythme effréné de contre réformes ne sauraient faire oublier les fondamentaux politiques, économiques et sociaux de la lutte des classes.
«Ouverture» et paralysie de l’opposition politique
Alors que le PS, principal parti dit «d’opposition», s’emmêle dans les querelles de chefs et ne propose qu’un programme similaire à celui de la droite dans le fond, Sarkozy leur a asséné un coup dur en débauchant certains de ses dirigeants. Cela lui a permis de n’avoir qu’un seul rival crédible, Ségolène Royal, celle qui assume le mieux un programme libéral mais qui, affaiblie par la défaite aux élections et les divisions dans son parti, ne représente pas une menace sérieuse pour le moment. Car en fin de compte, c’est autant la passivité du PS et de ses alliés que la méthode de Sarkozy qui lui permettent d’être omniprésent et d’avoir un grand espace devant lui pour mener ses attaques.
Intégration accélérée des syndicats à l’appareil d’état
Pour faire passer son programme ultra libéral, Sarkozy et le patronat ont réussi à s’appuyer sur le zèle des directions syndicales et leur volonté d’être des «partenaires». La principale leçon à tirer de la grève des cheminots de Novembre 2007 est que la défaite n’est pas due à un manque de combativité des travailleurs, ni même à la «méthode Sarkozy», c’est la trahison des directions syndicales la principale responsable. Lorsque Thibault, secrétaire général de la CGT, rencontre Sarkozy à quelques heures du début de la grève alors que le gouvernement dit clairement qu’il n’y a rien à négocier, cela envoie le message au patronat et au gouvernement que les directions syndicales n’iront pas au bout du conflit et qu’ils peuvent donc continuer leurs attaques et même les accélérer.
Faiblesse de sa base sociale et questions économiques
Les premières limites sont apparues à l’automne dernier avec les premières luttes d’opposition à la politique du gouvernement (marins pêcheurs, cheminots…). Cela s’est vu aussi aux réactions d’indignation à l’annonce de l’augmentation de salaire que Sarkozy s’est octroyé, alors qu’il ne cesse de déblatérer sur les soi disant «nantis» et les «privilégiés» que seraient les fonctionnaires, chômeurs et autres bénéficiaires des minima sociaux.
La principale faiblesse de Sarkozy est la faiblesse de sa base sociale. Il est soutenu en majorité par la frange la plus âgée de la population, et 78% des catégories les plus aisées ont voté pour lui, il est aussi majoritaire dans la petite bourgeoisie (professions libérales, artisans, agriculteurs…). S’il a réussi lors des élections à attirer une partie des ouvriers et des classe moyennes, cette partie de son électorat ne lui apporte pas un soutien sans faille, loin de là. Les dernières luttes et les réactions sur la baisse du pouvoir d’achat, l’opposition à la politique sociale du gouvernement le montrent.
Ce qui risque aussi de compliquer grandement la situation pour le gouvernement, c’est la faible marge de manœuvre économique dont il bénéficie. Le volontarisme affiché sur la croissance va se confronter à la montée de l’inflation et au risque de plus en plus précis de récession économique mondiale. Il apparaîtra alors de plus en plus clairement que les promesses sur le pouvoir d’achat et le fameux «travailler plus pour gagner plus» ne sont que des mensonges destinés à favoriser le patronat.
Pour les travailleurs et les jeunes, il ne s’agit pas d’attendre que les faiblesses et limites de Sarkozy se développent. Mais il faut dès aujourd’hui s’organiser politiquement pour préparer ce qui manque de façon cruciale face à Sarkozy : une vraie opposition politique : une alternative au capitalisme.
Virginie Prégny
L'Egalité n°129 (Janvier-Février 2008)
10:45 Publié dans nous avons lu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, opposition, anticapitaliste, Bonaparte, démagogie, Nouveau Parti Anticapitaliste



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